Alors que les Français continuent de mettre l’emploi, et de préférence un emploi sûr, au premier rang de leurs préoccupations, il n’est pas surprenant de voir revenir de toutes parts, dans les programmes, ou dans une prochaine réunion du COE une forte sollicitude pour les PME, présumées créatrices d’emplois. Et, de fait, elles le sont. Mais qu’est-ce qu’une PME ? Le mot est d’abord un concept statistique, à peu près aussi pertinent que le mot "plantes" est pertinent en botanique, et qui recouvre des mousses, des spores, des arbustes, de jeunes bambous à croissance très rapide, et de jeunes séquoias. Entre les deux millions de PME, incluant pour leur immense majorité des entreprises unipersonnelles, ou des entreprise composées d’un couple, ou d’une personne et d’un employé, et les 23.000 PMI, et au sein de ces 23.000 PMI, il y a des situations stratégiques totalement différentes. Une analyse un peu plus fine serait donc nécessaire, pour éviter des politiques qui consisterait, pour filer la métaphore, à mettre le même engrais en quantité uniforme sur les champs de mousses et sur les bambouseraies, en espérant obtenir que "ça pousse". Certes, cela poussera, mais pas dans les mêmes proportions partout, et du fait de la quantité réduite d’engrais disponible (des ressources budgétaires rares) il serait opportun de les dispenser de la façon la plus efficace possible. Sans être ici exhaustif sur le sujet, peut être peut-on a minima mettre en garde contre deux sortes d’erreurs assez largement répandues :
a) "l’industrie DETRUIT de l’emploi", mot cher à l’INSEE et aux journalistes qui en reprennent les formules, qui le répète ad nauseam et devrait bien le proscrire, et l’amplifie surtout pour les grandes entreprises. Non, l’industrie ne "détruit" pas d’emploi, comme si l’emploi était une donnée préexistante, immanente sans activité ! L’industrie crée de l’emploi, selon un processus schumpeterien de destruction créatrice, et si elle en crée moins, du fait de rationnalisations et de gains de productivité, ce n’est pas une raison pour se précipiter dans les politiques d’emploi uniquement vers un secteur protégé de TPE à marché local. Car celui-ci ne peut être prospère que pour autant qu’il y a, pour ceux qui jouent dans la sphère exposée à la concurrence mondiale, des sources de richesses plus importantes, et indispensables au solde commercial. Et pour lesquelles il y a des effets d’échelle qui permettent un accroissement d’efficacité par rapport à celle de la vaste majorité des très petites structures.
b) "l’emploi sera créé surtout dans les PME" : bien sûr. Mais la différenciation entre PMI et PME, de plus en plus ténue dans les discours, et inexistante dans la littérature anglo-saxonne qui ne parle pratiquement que de "SMEs", a néanmoins du sens : parmi les économistes qui déplorent la stagnation de notre balance des services avec des exportations en réduction en 2006 par rapport à 2005 autour de 90Mds€, contre une croissance des biens manufacturés de l’ordre de 10% à 390Mds€ et des taux de croissance de 35 à 40% vers les BRICs, combien savent que la majorité de ces services exportateurs sont directement liés pour l’essentiel à la production industrielle, et que, dans un monde qui croît à 5% là où l’Europe croît deux fois moins vite et la France un peu moins encore, c’est bien dans la quê te de marchés extérieurs que se trouvent des marges de manoeuvre pour tirer la croissance et l’emploi. A cet égard, ce ne sont ni les coiffeurs, ni les boulangers, ni les cafetiers, professions utiles et honorables au demeurant, qui vont créer beaucoup plus d’emplois, fût-ce en bénéficiant d’exonérations fiscales nouvelles pour les créations de ceux-ci. Il n’est pas exclus en revanche que cette distribution de revenus (s’agissant d’entreprises qui sont essentiellement réduites à une, deux ou trois personnes) serve principalement à creuser le déficit commercial en achats HIFI made in China, ou en voyages touristiques à l’étranger. Sait-on ainsi que les gazelles, en France, sont en moyenne deux fois plus petites qu’au Royaume Uni au départ (10 salariés au lieu de 20), et que cette taille un peu trop modeste conduit à ce qu’en moyenne toujours, elles aient deux fois plus d’emplois au bout de 7 ans, contre 4 fois plus (80 emplois) au Royaume Uni ? Certes, cela fait 10 emplois de plus par entreprise en sept ans, mais ches nos voisins, 60 emplois de plus...
Aussi vaudrait-il donc beaucoup mieux plaider, si l’on veut une politique de
l’offre, concernant les PME, pour concentrer les efforts devant bénéficier à
l’investissement des entreprises là où elles ont des chances de croître le
plus vite, et là où nous déplorons la faiblesse relative de notre tissu au
regard de nos concurrents, à commencer par l’Allemagne, les moyennes
entreprises, ou celles des petites entreprises qui sont à croissance rapide,
les gazelles. Bien sûr, on trouve aussi des boulangers dans cette
catégorie(Poilâne) ou des coiffeurs (via des franchises : Jean Louis David).
Mais en général, ce n’est pas le coeur de cible. Le coeur de cible, est à
plusieurs composantes :
les start ups (avec le thème des business angels),
les entreprises innovantes qui constituent le fond de clientèle OSEO,
les PMI et PME parties prenantes des pôles de compétitivité, et plus
largement celles dont la taille les met à mê me d’avoir une stratégie au moins
en europe, voire mondiale (y compris au delà du seuil européen de 250, qui
est assez arbitraire en termes économiques, et empê che de vraiment considérer
l’équivalent du Mittelstand, qui monte plutôt à 2000).
Et, si on n’arrivait pas à convaincre au delà des experts, les électeurs, il restera alors à sous-optimiser en tâchant, parmi les mousses ainsi largement arrosées, de trouver tout de même comment les agréger pour tâcher d’en faire des bambous. Travail de tisserand bien aléatoire, mais qui serait, alors, néanmoins utile, y compris du point de vue de l’emploi.
En bref, il faut remettre le pays au front de la compétitivité, plutôt qu’avec un message implicite "tous à l’arrière".
Grégoire Postel-Vinay
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