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Le gaz de schiste, une fausse bonne idée

par Arnaud Montebourg

lundi 24 septembre 2012

Le gaz de schiste, une fausse bonne idée

En France, nous
n’avons toujours pas de pétrole, mais nous avons
des idées, hélas pas forcément
très heureuses. Un exemple ? Une
des dernière décisions de Jean-Louis Borloo,
avant de quitter le ministère de
l’Ecologie : autoriser des prospections, sur
près de 9700 km2 –
l’équivalent d’un grand
département – pour
repérer une éventuelle présence de gaz
non conventionnel, du type gaz de schiste, sur notre territoire. Les
coûts environnementaux d’exploitation
d’une telle forme d’énergie,
nichée à environ deux mille mètres
sous la surface terrestre, sont pourtant considérables.
 

A la recherche d’un nouvel eldorado

 

A l’heure où le prix du
pétrole bat des records, toutes les sources
d’énergie alternative sont
étudiées.
Aux Etats-Unis, depuis 2001, la recherche d’une
énergie pouvant se substituer à l’or
noir s’est traduite par l’exploitation du gaz de
schiste. Ce gaz non conventionnel, qui ne représentait en
2006 qu’1% de l’énergie
utilisée aux Etats-Unis, pèserait
aujourd’hui pour 17% de leur consommation
énergétique.
Il est vrai que ce type de gaz a des allures de nouvel
eldorado : l’Agence internationale de
l’énergie (AIE) estime que 250 Tm3 de gaz
non-conventionnels seraient exploitables sur notre planète,
ce qui correspondrait à un siècle de consommation
énergétique.
Comme son homologue américain, la France s’est
donc lancée à la recherche de cette nouvelle
forme d’énergie et le ministère de
l’Écologie a attribué à
Total et à un groupe texan associé à
GDF Suez, des permis d’exploration sur une zone
s’étendant de Montélimar
(Drôme) à Montpellier (Hérault). Cette
décision intervient alors que certains Etats
américains, dont celui de New York, ont
décidé de suspendre l’extraction de ce
gaz, tant que l’Agence de protection de
l’environnement n’a pas rendu son rapport sur les
risques écologique provoqués par
l’exploitation de cette ressource.
 

Des risques écologiques démesurés

 

En effet, la profondeur à laquelle est
située cette forme de gaz non-conventionnel rend son
extraction très complexe, et très partielle.
Pour l’exploiter, il faut briser la roche à
l’aide d’environ 15 millions de litres
d’eau comprimés, auxquels est ajouté un
mélange de près de cinq cents produits chimiques.
Seuls 8 à 30% des gaz contenus dans les sols
forés parviennent à être ainsi
récupérés.
Or les zones qui seraient concernées en France par cette
exploitation sont fréquemment en manque d’eau, le
risque est donc d’assécher ces territoires pour
une exploitation qui n’est pour l’instant pas
efficace. Cette difficulté d’extraction exige
également de lourds matériaux, qui vont
défigurer définitivement les paysages, alors que
l’exploitation de ce type de gaz se limite
généralement à huit années.
Mais le risque principal, mal maîtrisé
à l’heure actuelle, est celui posé par
la possible contamination des nappes phréatiques et donc de
l’eau potable. Dans un village du Wyoming –
situé dans une zone d’exploitation -
l’Agence américaine de protection de
l’environnement a relevé la présence
d’arsenic, de cuivre et d’autres
éléments cancérigènes dans
l’eau potable.
L’étanchéité
supposée du système d’extraction serait
insuffisante pour protéger les populations d’une
contamination.
 

L’indépendance énergétique ne doit pas se faire au prix de catastrophes environnementales
 

De plus, l’utilisation des gaz non-conventionnels
comme nouvelle ressource énergétique, en
substitution au charbon et au pétrole, pourrait avoir un
impact considérable en terme de
réchauffement climatique. La difficulté
d’extraction de ce gaz serait encore une fois responsable
d’une importante pollution atmosphérique.
Pollution atmosphérique qui, ajoutée au risque de
contamination des nappes phréatiques, rend cette
énergie trop dangereuse pour constituer une ressource
d’avenir.
La France doit aujourd’hui repenser sa politique
énergétique. Il ne s’agit pourtant pas
de s’engager tête baissée dans des
alternatives plus risquées et plus polluantes, mais de
réfléchir à un véritable
plan d’essor des énergies renouvelables, afin de
limiter notre dépendance énergétique
et d’instaurer un véritable
développement durable.
 

Les experts Des idées et des
rêves


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