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Energie et dépenses publiques

lundi 12 mars 2012, par Jacques MAIRE

Energie et dépenses publiques


« Un sou est un sou »(1)

Dans le journal du matin le premier article qui saute aux yeux concerne
généralement la crise des finances publiques.
Comme nous sommes en période électorale chacun y
va de ses prévisions et de ses remèdes.

Mais quand on regarde les perspectives des uns et des autres les
différences sont toujours de l’ordre du 1
%.Qu’est-ce que 1% représente pour
différents agrégats

  • Pour le PNB 20 milliards d’euros
  • Pour le déficit public 1 milliards
    d’euros
  • Pour les dépenses publiques 10 milliard
  • Etc….

Bien sûr pour mesurer l’impact il faudrait montrer
l’évolution dans le temps mais ces chiffres ne
sont là que pour montrer les sommes en cause dans le
débat politique.

Ils pourraient être complétés par
d’autres exemples.
Le débat sur les arrêts de travail qui a
occupé le parlement pendant de nombreuses heures
correspondait à des économies de 150 millions.
Le sommet social récent a fait état de mesures
considérées comme importantes, il
s’agissait de 450 millions.
Tout ceci pour se rappeler dans la suite que dans les arbitrages
publics un milliard est vraiment une somme significative.

Dans le même journal figurent souvent aussi des articles sur
l’énergie mais alors le décor change et
les milliards d’euros circulent comme si
c’était de la menue monnaie
Le coup d’arrêt de 2011 sur le solaire a
été critiqué mais plusieurs milliards
de CSPE risquaient de découler d’un
développement trop rapide.
Une ligne dans les Pyrénées va être
enterrée pour près d’un milliard de
surcoût (c’est l’ordre de grandeur du
budget de la région !).
Certains n’ont pas l’air de voir que le faible prix
de l’électricité en France
c’est des milliards de dépenses en moins par
rapport aux pays voisins
Les exemples pourraient être multipliés mais ils
ne sont là que pour montrer que les décisions sur
l’énergie ne sont pas marginales pour la situation
économique générale.
Ils convient donc de les examiner avec soin en regardant comme pour
toute de dépense si elle est indispensable et si elle ne
l’est pas si les sommes ne seraient pas plus utiles ailleurs.

La France a un système énergétique qui
donne globalement satisfaction sur le plan de la
sécurité, de l’économie et
de l’environnement. Il ne s’agit donc pas de
construire un parc idéal à partir de
zéro mais de faire évoluer un parc existant sans
défaut criant à corriger d’urgence.
D’autre part la consommation devrait en gros être
relativement stable, tout le monde pousse aux économies
d’énergie, d’aucuns voient
même une diminution de cette consommation.
Quel que soit le secteur si la consommation ne se développe
pas et si le système est performant les investissements de
développement ne se justifient pas, il faut en
priorité tirer parti de ce que l’on a aux moindres
frais .
La perspective de l’énergie en France se situe
dans le maintien et la qualité et non dans la
quantité .Ce n’est pas le cas des pays
émergents dont la priorité est quantitative pour
faire face à la croissance rapide de
l’économie et donc de
l’énergie

La première chose à regarder concerne bien sur la
sécurité du nucléaire ; les mesures
demandées par l’ASN doivent être
réalisées après
vérification qu’elles ne remettent pas en cause
par leur coût l’existence même des dites
centrales , ce qui ne semble pas être le cas.
Il faut assurer ensuite le maintien de la qualité
c’est-à-dire la continuité de la
fourniture. Si la consommation annuelle reste dans une certaine
stabilité il n’en est pas de même pour
la puissance électrique de pointe ; il faudra donc investir
dans des puissances disponibles à la demande ; des
installations thermiques à gaz sont sans doute la solution
la moins coûteuse et la plus souple.
Il faut maintenir l’outil en état de faire face
à la demande en fonction du vieillissement.
La première question concerne la durée de vie des
centrales si on peut la prolonger sans nuire à la
sécurité c’est certainement la solution
la plus économique.
Il y a une polémique sur le coût du
démantèlement, qui est entache
d’incertitude. On peut se poser la question de sa prise en
compte dans les tarifs mais plus il est élevé
plus la prolongation est intéressante.
La question se posera réellement quand la fin de vie ce qui
laisse de la marge. La décision dépendra de
l’évolution de la demande et des techniques.
A ce stade nous pouvons dire que pour les seuls aspects prix et
qualité, critères essentiels pour le client, les
investissements nécessaires dans
l’immédiat n’atteignent pas des sommets.

Mais le marché ne prend pas tout en compte.
La première considération concerne les
aléas et la sécurité
d’approvisionnements, le marché n’est un
bon indicateur que quand il fonctionne sans crise.
Cet aspect concerne essentiellement le gaz dont les approvisionnements
extérieurs doivent être le plus
diversifiés possible.

La deuxième concerne le changement climatique et la
nécessité de décarboner
l’économie.

Ceci se fait par les économies à
l’utilisation en restant dans des opérations
rentables.
Ceci peut se faire à la production et ceci concerne les
énergies nouvelles mais faut-il encore qu’elle se
substitue a de énergies carbonées, or elles
risquent en France de se substituer au nucléaire .Il
faudrait étudier ce qu’on peut installer sans se
substituer au nucléaire ou à
l’hydraulique en tenant compte de l’intermittence.
De ce strict point de vue les programmes nécessaires
risquent d’être réduits.

Dans ces autres motifs figure essentiellement la politique industrielle
avec l’idée de placer la France en bonne position
dans des secteurs en expansion.
C’est à l’heure actuelle la raison
essentielle d’action publique (avec l’obligation de
respecter les décisions de Bruxelles) pour justifier les
sommes importantes mises dans l’éolien et le
solaire car les productions en cause ne sont pas nécessaires
car elles se substituent à des productions classiques et si
c’est le nucléaire les émissions de CO2
ne bougent pas.
La seule certitude c’est qu’une telle politique
doit être visible et continue sinon on risque de
dépenser sans résultat.
Beaucoup mettent en avant les créations d’emploi
mais il s’agit toujours de chiffres bruts et il faudrait
avoir un chiffre net pour le secteur de l’énergie
mais surtout pour l’ensemble de
l’économie car si les consommateurs
dépensent plus pour l’énergie
l’activité des autres secteurs s’en
ressentira.
Mais vouloir être compétitif dans un secteur en
croissance est valable mais les énergies nouvelles ne sont
pas le seul secteur en croissance et if faut voir là
où les actions sont les plus efficaces pour la
compétitivité de l’ensemble de notre
economie.
Les dépenses à engager sont donc à
regarder avec attention en distinguant ce qui est recherche, ce qui est
acquisition d’expérience et ce qui est
nécessaire pour faire face à la demande

L’énergie est un système lourd ou les
décisions se font sentir sur une longue période
mais c’est aussi un secteur où les choses peuvent
changer brutalement (gaz de schiste aux USA) la qualité de
notre système énergétique ne nous met
pas dans une situation d’urgence. Il convient donc
d’être vigilant pour adapter les efforts, en
particulier les efforts publics, aux objectifs poursuivis

Jacques Maire


(1) phrase souvent utilisée par Georges Besse chez Renault